Portraits de 5 pianistes de jazz incroyables

Miles Davis, Louis Armstrong ou Django Reinhardt, vous connaissez certainement ces musiciens populaires de jazz dont l’influence se fait encore ressentir aujourd’hui. Du côté du piano, les noms sont souvent moins connus. Pourtant, les pianistes de jazz ont apporté autant de modernité et d’essence au genre que les trompettistes ou les guitaristes. Découvrez 5 pianistes de jazz qui ont fait preuve d’un véritable talent et méritent de passer à la postérité.

Mary Lou Williams, l’une des premières pianistes de jazz féminines

Avant les années 60 et le début de leur émancipation, il était extrêmement rare de voir apparaître des femmes dans le monde de la musique ailleurs que derrière un micro de chanteuse. Mary Lou Williams est l’une des pionnières à s’être faite une place dans le monde très sélect du piano jazz. Arrangements, composition et interprétation lui viennent d’instinct, car la jeune femme a l’oreille absolue et une mémoire phénoménale. Le pilier du jazz, qui réside dans l’improvisation, est clairement la base de toute sa musique. À seulement 6 ans, elle est déjà considérée comme professionnelle et se produit lors de concerts rémunérés. Dans sa « Zodiac Suite », elle mêle classique et jazz, une technique qui n’apparaît que quelques années plus tard et dont elle est l’une des figures marquantes.

Art Tatum, le pianiste de jazz indétrônable

Sa réputation est particulièrement révélatrice. Art Tatum aurait incité le guitariste Les Paul à abandonner le piano, ce dernier ne voyant pas comment il pourrait arriver un jour à un tel niveau. Fats Waller, son modèle pendant l’adolescence, le qualifie même de « Dieu ». Son talent transcende les genres, et les pianistes classiques réputés comme Vladimir Horowitz ou Arthur Rubinstein lui témoignent un grand respect. Art Tatum produit une musique instinctive et complexe, quasiment impossible à répéter. Celui qui a marqué à tout jamais l’histoire du piano jazz ne voyait quasiment pas, ce qui ne l’empêcha pas de laisser l’impression à qui l’écoutait qu’il y avait deux musiciens au piano.

Bill Evans, un jazzman à la carrière prolifique

Moins avant-gardiste, un tantinet moins virtuose, Bill Evans a pourtant profondément marqué le jazz et inspiré des générations de profs de piano. Son talent réside dans la couleur qu’il apporte à sa musique. Celle-ci s’inspire de l’impressionnisme et des compositeurs classiques comme Debussy ou Ravel et délaisse quelque peu les techniques de jeu virtuoses pour un retour aux sources. Bill Evans est l’un des rares pianistes de jazz blancs. Il a su au travers de ses compositions respecter l’héritage culturel de ce genre, tout en y apportant une émotion qui l’a ouvert à un public plus large. Inventeur du jazz modal, il aime particulièrement se produire en trio avec une contrebasse et une batterie.

Bud Powell, le pianiste de jazz malchanceux et maltraité

Dans l’art, et plus particulièrement dans la musique, le sort des protagonistes n’est pas toujours brillant. Entre les addictions, les coups du sort et le manque d’argent, nombre de pianistes ont vécu des histoires tragiques. Bud Powell fait partie de ceux qui n’ont pas eu la vie facile. Plusieurs fois interné à l’hôpital psychiatrique, il passe un temps en France sous la coupe d’une femme qui le bat pour qu’il se produise et paie les factures. Malgré tout, le talent de Bud Powell est incontestable. Lorsque Art Tatum ose critiquer la lenteur de sa main gauche, Bud se scarifie et réalise une prestation qui laisse pantois le « Dieu » du jazz.

Michel Petrucciani, le musicien acharné qui s’est brisé au travail

La musique a-t-elle sauvé Michel Petrucciani, ou a-t-elle écourté son existence ? Le pianiste atteint de la maladie des os de verre a choisi lui-même sa destinée. Des heures de travail lui permettent d’acquérir une technique parfaite, avec une indépendance des mains exceptionnelle. Malgré de nombreuses fractures lors de ses concerts, Petrucciani ne vit que pour la musique. Il décède à l’âge précoce de 36 ans après une existence très remplie.